Harper reconnaît le Québec comme une nation, mais dans le Canada
Le Premier ministre Stephen Harper a qualifié mercredi la province francophone du Québec de "nation au sein d'un Canada uni", dans une déclaration sans précédent reconnaissant la spécificité québécoise mais visant aussi à contrer les indépendantistes.
Prenant solennellement la parole devant la Chambre des communes, le Premier ministre conservateur a créé la surprise en annonçant qu'il présentait le jour même une motion stipulant que "les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni", mais pas une nation indépendante.
M. Harper avait jusqu'à présent toujours refusé de reprendre à son compte le mot de nation et de se prononcer sur cette question épineuse qui fait l'objet d'un débat récurrent au Québec et au Canada.
"La vraie question est simple: est-ce que les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni? La réponse est oui. Est-ce que les Québécoises et les Québécois forment une nation indépendante du Canada? La réponse est non et elle sera toujours non", a-t-il dit.
"Je n'ai jamais entendu un Premier ministre canadien dire que les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni. C'est exceptionnel", a déclaré à l'AFP Norman Specter, commentateur politique et ancien haut fonctionnaire, tandis qu'un commentateur de la chaîne CBC parlait de "moment historique".
Pour M. Specter, le Premier ministre fait "un geste d'ouverture" en direction du Québec, tout en s'efforçant de désamorcer une initiative des indépendantistes du Bloc québécois.
M. Harper intervenait dans le débat après que le Bloc québécois eut annoncé son intention de présenter, jeudi, une motion proclamant que "les Québécois et les Québécoises forment une nation", mais évitant soigneusement de mentionner l'appartenance de la province au Canada.
"La véritable intention du chef du Bloc et du camp souverainiste est très claire (...) Pour eux +nation+ veut dire séparation", a lancé M. Harper.
La motion du gouvernement "tire le tapis sous les pieds de Gilles Duceppe", le leader du Bloc québécois, en "détachant la question de la nation de celle de l'indépendance", a jugé M. Specter.
Le Québec a tenu deux référendums sur sa souveraineté en 1980 et en 1995, ne rejetant que de justesse la séparation du Canada lors du second scrutin. Et les indépendantistes québécois ont annoncé leur intention d'organiser un troisième référendum s'ils revenaient au pouvoir à Québec.
Le Québec représente un enjeu électoral important avec 75 sièges de députés sur les 308 de la chambre. Les progrès réalisés par les conservateurs dans la province francophone leur avaient permis de remporter les élections de janvier dernier et de former un gouvernement minoritaire. Mais leur étoile a depuis pâli au Québec.
La question de la nation est depuis longtemps un sujet délicat au Canada, mais la reconnaissance du Premier ministre n'entraîne pas de changement du statut du Québec sur le plan constitutionnel, un débat que la plupart des hommes politiques ne souhaitent pas rouvrir.
Les partis d'opposition, à l'exception du Bloc québécois, se sont déclarés favorables à la motion de M. Harper. "Nous allons travailler avec tous les partis (...) pour adopter une solution qui respecte les Québécois", a déclaré Bill Graham, leader du parti libéral, principale formation d'opposition.
En revanche, M. Duceppe a fait valoir que ce n'est pas au Premier ministre, mais aux Québécois de décider de leur avenir. "Les Québécois forment une nation, pas (seulement) à condition de rester dans un Canada supposément uni", a-t-il dit.
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Leehanna - Mules : Lunaa & Yomamy
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